Debout les courageux, vous avez fait face à la tornade, faites face maintenant à la méchanceté

Sans vouloir polémiquer, je me fais ici l’interprète de tous les bénévoles « bouleversés » par ce qu’ils ont lu au lendemain de l’inauguration de la rue de la Solidarité, dans l'Est Républicain. http://www.e-monsite.com/soulosse/rubrique-1087006.htmlPour être à l’initiative de cette rencontre amicale qui a suivi, je suis restée sous le choc de la « haine » qui transpire dans cet article. Que le seul locataire sinisitré ne soit pas content et que le journaliste le relate, je suis entièrement pour. Qu’on laisse croire que tous les sinistrés soient du même avis, c’est regrettable. Pour vivre et relater ce qui se passe au jour le jour dans mon village, je peux dire qu’effectivement il y a quelques mécontents. Mais c’est loin d’être la majorité, comme on peut le lire dans la bafouille que je destine à A.M. , l'auteur de cet article qui nous plonge en plein désarroi, face à ce lynchage médiatique.

Cher A.M.  

En quelques phrases vachardes, vous avez détruit le travail de plusieurs mois de reconstruction. De reconstruction morale surtout, d’une population encore sous le choc, et que vous avez replongée dans le désarroi avec votre papier que je qualifierais d’assassin. En quelques mots, pour deux mécontents, vous avez piétiné l’honneur de ceux qui veulent se relever, sans être assistés. Pourquoi n’avoir pas entendu l’avis des sinistrés « satisfaits » si on peut employer ce terme, qui ne traduit pas l’état d’esprit des sinistrés qui ont retroussé leurs manches une fois l’effroi passé, et travaillé à la reconstruction de leur maison et de leur environnement quotidien.  

 Une ronde enfantine pour la solidarité« Une ronde pour seul spectacle »

  Il n’y avait pas de spectacle, mais des enfants qui ont travaillé sur le thème de la solidarité dès leurs premiers jours de vacances d’été, au centre d’accueil pour jeunes enfants de la commune de Soulosse sous Saint Elophe, un village meurtri par la tornade du 11 février dernier. Un village où le centre d’accueil avait fonctionné au lendemain du sinistre, parce que c’était les vacances de Février. Des enfants qui ont du apprendre à s’amuser au milieu des pompiers, gendarmes et secouristes. Des enfants à qui il a fallu expliquer pourquoi. Des enfants à qui il a fallu apprendre que certains d’entre eux avaient eu le bonheur de passer à côté du tourbillon dévastateur et essayaient de comprendre pourquoi leurs petits camarades avaient si peur… 

« Venir à quoi ? Etait – il question de fête » La Solidarité

 Une fête, oui ! Et alors ? Après chaque guerre la foule est en liesse, s’amuse, s’éclate pour oublier l’inoubliable. A Soulosse on n‘a pas voulu simplement s’amuser, mais réunir autour d’une table sinistrés et sauveteurs. Pour se rappeler, oui, sans pour autant « déjà commémorer » que, sous la pluie battante une nuit de février des centaines de pompiers ont travaillé d’arrache pied pour sauver encore ce qui pouvait l’être chez les habitants du village.Une fête autour d’une table pour remercier les uns et les autres de leur générosité spontanée. Les enfants l’ont dit, vendredi en fin d’après-midi, à tous ceux qui étaient présents au bas de l’ex-rue de Laveau, importunant sans doute le locataire sinistré (je dirais plutôt un sinistre locataire) qui n’a vu que l’opportunité à sa portée. 

Plusieurs semaines d’hôtel contre plusieurs semaines d’hôpital Ce locataire, qui n’a rien perdu, puisqu’il n’avait rien, n'a même pas de travail. « Chômeur professionnel » que l’on dit chez nous. Il aura mobilisé tous les moyens autour de lui : gîtes pas assez confortables, trop éloignés, appartements collectifs, rien n’a retenu son attention. Sa visite au centre de secours catholique, n’avait apporté qu’une moue dédaigneuse sur ce qu’on lui proposait, préférant la vie à l’hôtel, aux frais de la princesse, pendant plusieurs semaines. C’était sûrement moins épuisant pour la famille, habituée à se lever très tard… Pendant ce temps, à l’hôpital, les blessés graves sont heureux d’être en vie, heureux d’avoir été secourus très vite par les amis d’abord, par les pompiers ensuite. Heureux de savoir les gendarmes mis en surveillance pendant plusieurs nuits pour éviter les vols, heureux de savoir que le maire de la ville voisine a mis un camion et des hommes pour enlever ce qui leur reste. Heureux d’être en vie ! 

 « Où est passé l’argent ? se demande Chantal »  Les 50 000 € du Conseil général sont gérés par la DVIS. Il fallait pour cela aller jusqu’à Neufchâteau retirer un dossier. Un dossier par famille sinistrée, on a vite fait le compte : 50 000 € pour cinquante familles environ ! Cela fait mille euros par ménage, pour qui a demandé. Certains ont déjà eu le chèque. Une petite contrainte, c’est vrai, il fallait remplir quelques formulaires… 

 « Déçus » Des déçus il y en a, certes, mais pas autant que les bénévoles qui ont été sur le pont dès les premiers instants après la tornade. Pas autant que les élus qui ont voulu remercier les secours, marquer à tout jamais l’élan de solidarité qui s’est manifesté sous forme de pelles, de balais et de tractopelles deux jours après le sinistre ? Des bénévoles qui redonnaient un air présentable aux rues du village dès la fin de la semaine, évitant ainsi aux curieux de se rassasier du malheur des habitants. Déçus, les responsables d’associations qui ont tout mis en œuvre pour organiser la rencontre de vendredi soir, à leurs frais, remontant leurs manches pour faire une soirée de fête. Déçus les enfants qui avaient voulu participer avec tout leur coeur.  

 L Atelier d ErlangerChants méditerranéens 

 Une fête ? Non une soirée de prestige, avec « l’Atelier d’Erlanger » de Nancy, venu spécialement offrir un concert de chants méditerranéens aux habitants… parce que l’un des choristes de l’ensemble instrumental était resté sous le choc, non pas seulement de la tornade, mais de la générosité manifestée à son endroit, lui qui venait de la ville pour se reposer dans un petit village, et s’était trouvé fort désemparé avec son toit envolé, sa porte explosée, son jardin ravagé. C’était aussi pour dire merci à tous, qu’avec ses amis, le sinistré était là. C’était pour la même raison que Jean Marie, lui aussi sinistré, avait proposé spontanément d’animer la soirée. Pour la même raison que les pompiers avaient monté un PMA (Poste Médical Avancé).

 Que faisiez vous pendant ce temps ? 

Que faisait le sinistre locataire pendant tout ce temps ? Que faisait le reporter à deux balles pendant tout ce temps ? Ont-ils entendu le message lancé par les enfants pendant ce temps ? Ont il vu les bénévoles et les sinistrés brasser les salades et pétrir la pâte à gâteaux pour les offrir aux invités ? Ont-ils vu ces personnes, épuisées le soir, sortir les balais et les serpillières pour nettoyer la salle ? Porter les tables et les chaises pour les ranger ? Ont-ils vu le boulot réalisé pendant le temps qu’ils ne pensaient qu’à ressasser une rancune d’assisté pour l’un, écrivant sa feuille orientée pour l’autre ! Même si tout n’était pas parfait, et loin de nous cette idée, les cent cinquante personnes qui ont passé une soirée ensemble ont apprécié, et c’est bien là l’essentiel. Mais pour le comprendre, il faut le vivre ! Ce n’est pas à la portée de tous, loin s’en faut.

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